“Je dirais à deux niveaux, il éprouve la nécessité d’un fondement parce qu‘il a l’intime conviction, là, parce que encore une fois on ne cherche pas à comprendre là des raisons théoriques, il a l’intime conviction que l’idée de Dieu ne peut pas être traitée comme une simple notion commune. Que l’idée de Dieu est nécessairement l’idée d’un être à la fois infini et singulier. Que dès lors, un être infini, les notions communes pourraient nous le donner, mais un être à la fois infini et singulier, non. Il y a quelque chose dans l’idée de Dieu, c’est l’idée d’un être, c’est pas l’idée d’un rapport. Les notions communes, c’est l’idée de relations de rapports.
Alors pourtant je recommence quand même, bien que j’avais mal compris ton intervention, si je reprends ma question : « est-ce qu’est convenable un spinozisme mutilé , tronqué qui s’arrêterai au second genre de connaissances et qui dirait bien non le reste ça va pas, je suis pas pour le reste. » Je me sentirais très, pour un Spinozisme mutilé, je trouve qu’au niveau des notions communes c’est parfait, ça me va, c’est très bien, pour une raison simple, mais à ce moment-là, il y a une condition pour être un Spinozisme tronqué. Pour être un Spinozisme mutilé, il faut vraiment croire qu’il n’y a pas d’essence, qu’il y a que des relations, si je crois qu’il y a que des relations et pas d’essence, là ça va même de soi, le troisième genre de connaissances, j’en ai pas besoin, non seulement j’en ai pas besoin, mais il perd tout sens. Alors il faut voir…vous ne pouvez être un Spinozisme tronqué, que si vous pensez que, finalement il n’y a pas d’être, il n’y a que des relations. Bon, mais si vous pensez qu’il y a de l’être, si vous pensez que le mot essence n’est pas un mot vide de sens, à ce moment-là vous ne pouvez pas vous arrêter aux notions communes. Vous ne pouvez pas dire qu’il y a des relations, il faut un fondement des relations ; c’est-à-dire il faut que les relations soient fondées dans l’être. C’est par là que l’idée de Dieu, elle est autre chose qu’une notion commune. Une notion commune, c’est une idée de rapports. Dire l’idée de Dieu, c’est à la fois lié aux notions communes, mais ça excède, ça déborde la notion commune, vous voyez ce qu’il veut dire, c’est très simple, il veut dire les relations doivent bien se dépasser vers quelque chose qui est.
”
Gilles Deleuze. Sponoza Cours du 17.03.81