Félix Guattari. Leros. by fuscum-sub-nigrum.
Je vais te dire: « je pense qu’il n’y a pas de gouvernements de gauche.
Là aussi, il ne faut pas s’étonner : notre gouvernement ( celui de Mitterrand du vivant de gilles Deleuze ) qui devrait être un gouvernement de gauche et qui n’est pas un gouvernement de gauche…
Ce n’est pas qu’il n’y ait pas de différences entre les gouvernements… Au mieux, ce qu’on peut espérer, c’est un gouvernement favorable à certaines exigences ou réclamations de la gauche.
Mais un gouvernement de gauche, ça n’existe pas, car la gauche « n’est pas affaire de gouvernement ».
Si on me disait : “comment définir le fait d’être de gauche” ? ou “comment définir la gauche” ? Je le dirais de deux manières. Il y a deux façons :
C’est, d’abord, une affaire de perception.
Ne pas être de gauche, c’est quoi ? Ne pas être de gauche, c’est…partir de soi… de la rue où l’on est, la ville, le pays, les autres pays, et ainsi de suite , de plus en plus loin… On commence par soi et, dans la mesure où l’on est privilégié et qu’on vit dans un pays ( Européen ) riche, on se demande : “comment faire pour que la situation dure ?”. On sent bien qu’il y a des dangers, que ça ne va pas durer…que c’est trop dément… mais comment faire pour que ça dure.
On se dit…comment faire pour que l’Europe dure encore, etc.
Être de gauche, devrait être l’inverse. Ce devrait être : « percevoir »… On dit que les asiatiques ne perçoivent pas comme nous. Ils perçoivent d’abord le pourtour. Alors, ils diraient à l’inverse de nous : « le monde, l’Europe, la France, la rue de Bizerte, et moi ». C’est un phénomène de perception ! On perçoit d’abord l’horizon. « Et on perçoit, à l’horizon ! ».
Donc, ils voient d’abord « à l’horizon ». Et tu sais que ça ne peut pas durer. Que ça n’est pas possible. Ces milliards de gens qui crèvent de faim… Ca peut durer encore cent ans, j’en sais rien, mais faut pas charrier… Cette injustice absolue… Ce n’est pas au nom de la morale : c’est au nom de la perception même ! …Ce sont là les problèmes à régler.
Et ce n’est pas se dire simplement: “il faut diminuer la natalité” parce que ça, c’est une manière de garder les privilèges de l’Europe. Ce n’est pas ça. Il faut vraiment trouver des arrangements, « les agencements mondiaux qui feront que »…
En effet, être de gauche, c’est savoir que les problèmes du tiers monde sont plus proches de nous que les problèmes de notre quartier. C’est vraiment une question de perception. Ce n’est pas une question de belle âme ! C’est ça, d’abord, être de gauche, pour moi.
Et deuxièmement, être de gauche, « c’est être par nature ! » - ou plutôt « par devenir ! » C’est un problème « de devenir !» -
C’est : « ne pas cesser de devenir minoritaire ! »
C’est dire que la gauche ne sera jamais majoritaire en tant que gauche. Et pour une raison très simple : c’est que la majorité, c’est un truc qui suppose un étalon.
Même quand on vote, ce n’est pas tellement la plus grande quantité qui vote pour telle chose…
En occident, l’étalon que suppose toute majorité, c’est: Un homme, adulte mâle, et citoyen des villes.
C’est ça, l’étalon. Or, la majorité est par nature l’ensemble qui, a tel moment, réalisera cet étalon, c’est-à-dire l’image sensée de l’homme adulte, mâle, citoyen des villes. Si bien que je peux dire que la majorité…c’est un étalon…
— Gilles Deleuze.In Hegel’s reproach to Spinoza - that he ignored the negative and its power - lies the glory and innocence of Spinoza, his own discovery. In a world consumed by the negative, he has enough confidence in life, in the power of life, to challenge death, the murderous appetites of men, the rules of good and evil, of the just and unjust. Enough confidence in life to denounce all the phantoms of the negative….In Spinoza’s thought, life is not an idea, a matter of theory. It is a way of being. It is only from this perspective that his geometrical method is fully comprehensible. In the Ethics, it is opposition to everything that takes pleasure in the powerlessness and distress of men, everything that feeds on accusations, on malice, on belittlement, on low interpretations, everything that breaks men’s spirits. The geometrical method ceases to be a method of intellectual exposition but it is rather a mode of invention…Spinoza did not believe in hope or even in courage; he believed only in joy, and in vision. He let others live provided they let him live. He wanted only to inspire, to waken, to reveal. — Gilles Deleuze.
Alors, imaginer un pas de plus et c’est là dessus que je voudrais finir parce que vous n’en pouvez plus : Imaginez juste un pas de plus, imaginez que quelqu’un trouve le moyen de libérer, de faire sortir cet Etre unique, cet Etre en qu’Etre de sa Neutralité. C’est-à-dire, il l’affirme cet Etre, il dit c’est ça le réel. Cet Etre en tant qu’Etre, qui est le même pour tout et pour tous, cet Etre unique, cet Etre univoque, il n’est pas seulement pensé dans un concept logique, il est la réalité physique en elle même, il est la Nature.
En d’autres termes, c’est les mêmes formes qui se disent de Dieu et des créatures, c’est le même Etre qui se dit de tous les étants de Dieu et de la Créature. Dès lors, les créatures sont en Dieu, Dieu est dans les créatures. Pourtant, est ce que c’est le même “étant” ? Non, Dieu et les hommes ce n’est pas la même chose. Mais les mêmes formes se disent de Dieu et se disent des hommes, en quel sens ? En ce sens, que les mêmes formes constituent l’Essence de Dieu et comprennent ou contiennent les Essences d’hommes. Donc il n’y a pas égalité d’Essence. Mais il y a égalité d’Etre pour les Essences inégales. À ce moment là une ontologie devient possible, à ce moment là commence et à ce moment là finit l’ontologie. Voilà, commence et finit, voilà c’est fini… Ecoutez je sens que j’aurai du developper .. ceux qui n’ont pas compris là, aucune importance, vous supprimez tout ça et vous gardez ce que vous avez compris les autres fois… la prochaine fois je commence donc un autre cours complètement différent sur la peinture mais on peut faire un début de séance sur des questions.. mais moi je ne parlerai plus sur Spinoza.. Voilà.
— Gilles Deleuze. Cours su Spinoza. 24.03.81
Je dirais à deux niveaux, il éprouve la nécessité d’un fondement parce qu‘il a l’intime conviction, là, parce que encore une fois on ne cherche pas à comprendre là des raisons théoriques, il a l’intime conviction que l’idée de Dieu ne peut pas être traitée comme une simple notion commune. Que l’idée de Dieu est nécessairement l’idée d’un être à la fois infini et singulier. Que dès lors, un être infini, les notions communes pourraient nous le donner, mais un être à la fois infini et singulier, non. Il y a quelque chose dans l’idée de Dieu, c’est l’idée d’un être, c’est pas l’idée d’un rapport. Les notions communes, c’est l’idée de relations de rapports.
Alors pourtant je recommence quand même, bien que j’avais mal compris ton intervention, si je reprends ma question : « est-ce qu’est convenable un spinozisme mutilé , tronqué qui s’arrêterai au second genre de connaissances et qui dirait bien non le reste ça va pas, je suis pas pour le reste. » Je me sentirais très, pour un Spinozisme mutilé, je trouve qu’au niveau des notions communes c’est parfait, ça me va, c’est très bien, pour une raison simple, mais à ce moment-là, il y a une condition pour être un Spinozisme tronqué. Pour être un Spinozisme mutilé, il faut vraiment croire qu’il n’y a pas d’essence, qu’il y a que des relations, si je crois qu’il y a que des relations et pas d’essence, là ça va même de soi, le troisième genre de connaissances, j’en ai pas besoin, non seulement j’en ai pas besoin, mais il perd tout sens. Alors il faut voir…vous ne pouvez être un Spinozisme tronqué, que si vous pensez que, finalement il n’y a pas d’être, il n’y a que des relations. Bon, mais si vous pensez qu’il y a de l’être, si vous pensez que le mot essence n’est pas un mot vide de sens, à ce moment-là vous ne pouvez pas vous arrêter aux notions communes. Vous ne pouvez pas dire qu’il y a des relations, il faut un fondement des relations ; c’est-à-dire il faut que les relations soient fondées dans l’être. C’est par là que l’idée de Dieu, elle est autre chose qu’une notion commune. Une notion commune, c’est une idée de rapports. Dire l’idée de Dieu, c’est à la fois lié aux notions communes, mais ça excède, ça déborde la notion commune, vous voyez ce qu’il veut dire, c’est très simple, il veut dire les relations doivent bien se dépasser vers quelque chose qui est.
— Gilles Deleuze. Sponoza Cours du 17.03.81
Mais voilà les notions communes, qui sont des rapports composés, qui sont donc les idées d’une composition de rapports nous mènent toujours, c’est le premier moment du raisonnement spinoziste, sont toujours liés à l’idée de Dieu. Bizarre ça, qu’est-ce qu’il veut dire ? Il veut dire une chose très simple c’est que lorsque l’on veut considérer des notions de compositions de rapports dans la nature, vous ne pouvez pas vous faire l’idée adéquate d’un rapport composé sans un même temps former une idée de Dieu comme fondement des rapports qui se composent. - Donc, vous allez normalement et nécessairement de la notion commune à l’idée de Dieu comme fondement de tous les rapports. En effet l’idée de Dieu c’est, elle est définie à ce niveau, à ce niveau, elle serait définie comme ceci,” le fondement de toutes les compositions de rapports”. Mais alors vous voyez que l’idée de Dieu, elle est très bizarre chez Spinoza, je veux dire d’une part, elle est nécessairement liée à la notion commune, à l’idée des rapports qui se composent, mais d’autre part en même temps, c’est pas une notion commune. C’est plus, c’est quelque chose de plus ; alors là ça devient très bizarre, en effet, l’idée de Dieu, c’est pas l’idée des rapports qui se composent, c’est l’idée d’un véritable fondement concret pour toutes les compositions de rapports. C’est l’idée d’un être infini, comme fondant tous les rapports qui se composent. C’est donc plus qu’un rapport qui se compose, l’idée de Dieu. Et pourtant elle est liée à l’idée des rapports qui se composent. Donc je vais nécessairement de, la notion commune, c’est-à-dire du second genre de connaissances à l’idée de Dieu. Et là l’idée de Dieu, donc c’est exactement, je ne vois pas d’autre, pour vous faire comprendre, c’est comme si l’idée de Dieu avait deux faces chez Spinoza. Sur une face, elle est tournée du côté des notions communes, en effet, elle est tournée du coté des notions communes parce que elle est le fondement de tous les rapports qui se composent ; et que les notions communes c’est toujours, l’énonciation de tel ou tel rapport qui se compose. Donc voilà une face tournée vers les notions communes.
Et, je vais nécessairement de la notion commune à l’idée de Dieu. Mais une fois que je suis dans l’idée de Dieu, je m’aperçois qu’il y a quelque chose de plus dans l’idée de Dieu que dans les notions communes, si bien qu‘elle a une face tournée vers autre chose, qui est quoi, à savoir Dieu comme “contenant”, comme étant lui-même une essence qui contient toutes les essences, à savoir toutes les essences singulières sont comprises dans l’idée de Dieu. Toutes les essences singulières sont comprises, contenues dans l’idée de Dieu, si bien que l’idée de Dieu est comme le pivot qui nous fait passer nécessairement du second genre au troisième genre.
— Gilles Deleuze. Spinoza. Cours du 17.03.81
La question de l’immortalité c’est : en quel sens et sous quelle forme l’âme survit-elle au corps ? Tel que ça a été posé par la théologie et la philosophie, de - Si vous voulez, là, il me semble que quelles que soient leurs différences qui sont grandes, de Platon à Descartes. - De Platon à Descartes, ce qui est posé, c’est vraiment la question de l’immortalité de l’âme. Et l’immortalité de l’âme, elle passe forcément à ce moment-là, par le problème d’un avant et d’un après. Pourquoi ?
Qu’est ce qui détermine l’avant et l’après du point de vue de l’immortalité de l’âme, à savoir, le moment de l’union de l’âme et du corps. À savoir, l’avant de l’âme c’est avant l’incarnation, avant que l’âme s’unisse à un corps. L’après, l’après de l’immortalité, l’après de l’âme, c’est après…que l’âme, c’est-à-dire que l’âme après la mort, c’est-à-dire après que. D’où la gêne de tous les auteurs qui ont voulu parler d’une immortalité de l’âme. Leur gêne, c’est quoi ? C’est que l’immortalité de l’âme peut être appréhendée, ou ne peut être conçue que sous les espèces encore temporelles d’un avant et d’un après.
Et c’est déjà tout le thème du Phédon qui porte sur l’immortalité de l’âme, chez Platon. Le dialogue de Platon, Phédon, lance une grande doctrine de l’immortalité de l’âme, précisément sous la forme de l’avant et l’après. Avant l’union, après l’union. Lorsque Spinoza oppose son éternité à l’immortalité, on voit très bien ce qu’il veut dire.
Du point de vue de l’immortalité, si vous voulez, je peux “savoir” que l’âme est immortelle. Mais en quoi consiste l’immortalité ? Ça consiste à dire que je sais, par exemple, je sais alors de quel savoir - ça c’est autre chose - mais je sais que mon âme ne meurt pas avec mon corps. Même si j’admets l’idée platonicienne que c’est là un savoir, je ne sais pas sous quelle forme. Et tous le disent. Pourquoi ? Parce que l’immortalité semble bien exclure l’avant et l’après. Par-là, elle est déjà une éternité. Mais précisément elle ne peut être sue ou connue que sous les espèces de l’avant et de l’après. Et Descartes encore le dira. Sous quelle forme ? Que l’âme soit immortelle, ça je peux le dire, j’en suis sûr, selon Descartes. Mais, sous quelle forme ? Je n’en sais rien. Je peux tout au plus affirmer que. Affirmer que, il y a un avant et qu’il y a un après. Que l’âme n’est pas née avec le corps et qu’elle ne meurt pas avec le corps. Je peux affirmer le que, je ne peux pas affirmer le ce que ou le corps. Il faudrait une intuition intellectuelle comme disent…Comme ils disent. Or on n’a pas l’intuition intellectuelle. Très bien.
— Gilles Deleuze. Spinoza Cours du 17.03.81Monads and sets. On Go ̈del, Leibniz, and the reflection principle. Mark van Atten.
Cantor's Concept of Set in Light of Plato's Philebus. Kai Hauser.